Heavy Rain, le temps du verdict

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Comment parler d’Heavy Rain ? Comment livrer son sentiment sur le titre de David Cage sans trop en dire ? L’exercice est périlleux, mais je m’y risque. Au point d’être confus parfois, vague souvent, même approximatif. Le jeu en vaut la chandelle, tant il faut à tout prix parler d’Heavy Rain. Car non, il ne faut pas passer à coté de ce titre !

Débarrassons-nous tout de suite de l’aspect « gameplay » du jeu, tant, au final, celui-ci a si peu d’importance. Oui, le gameplay se résume à une succession de QTE, et certains sont de trop et apportent très peu à l’expérience de jeu. Oui, la gestion des déplacements est chaotique, rigide, inconfortable. Oui, le rythme est lent, très lent, parfois même un peu trop lent. Et donc non, Heavy Rain n’est pas un jeu parfait. Mais quelqu’un peut-il me citer un jeu parfait ?

On peut aimer Heavy Rain sans même y jouer

« Mais le gameplay est l’essence même du jeu vidéo » me rétorqueront immédiatement les puristes et les game designers. En effet, dans un jeu vidéo classique. Mais Heavy Rain n’est pas un jeu vidéo classique. D’ailleurs, est-ce vraiment un jeu vidéo ? Est-ce un film interactif ? Est-ce un « livre dont vous êtes le héros » du 21e siècle ? Est-ce un mélange de tout ca, ou encore toute autre chose ?
Je n’ai pas la prétention de pouvoir répondre à cette question. Ce qui est sur, c’est qu’Heavy Rain réussit quelque chose de rare dans le monde du jeu vidéo : il se laisse regarder par les gens qui ne tiennent pas le pad.
En effet c’est la première fois que ma femme me regarde jouer à un jeu vidéo dans son intégralité. Et autour de moi, les témoignages similaires se multiplient. On peut aimer Heavy Rain sans y jouer.

Mais qu’a-t’il de si spécial après tout ce jeu ? Pourquoi ai-je été hypnotisé par ce titre, au point de le finir en à peine 3 jours (ce qui ne m’arrive jamais) et d’en être sorti bouleversé, chahuté, perturbé même…

Les mauvais choix et les échecs font parti de l’expérience

Heavy Rain, c’est avant tout une histoire, sombre, cruelle, inhabituelle. Un récit qui pose une question forte, dérangeante : jusqu’ou êtes vous prêt à aller par amour pour votre fils ? David Cage annonce que le scénario du jeu représente 2000 pages. Et après avoir traversé Heavy Rain une première fois, je veux bien le croire. Car Heavy Rain n’est pas linéaire. Vos choix déterminent clairement le déroulement de l’aventure et l’échec fait parti de l’expérience. Chaque scène vous forcera à prendre des décisions, à effectuer des choix. Certains sont anodins et n’auront que très peu d’impact sur la suite de l’aventure, mais d’autres sont cruciaux. Et croyez-moi, certaines décisions sont difficiles à prendre, d’autant que le temps n’est pas infini. Vous hésitez trop longtemps dans une situation ? Et bien le jeu va prendre votre manque de décision comme une décision.
Chose déroutante également : l’échec n’est pas synonyme de game over. Plus d’une fois, vous échouerez. Mais l’échec n’est pas total, il n’est qu’une possibilité inscrite dans le scénario. La suite du scénario sera simplement différente.

Heavy Rain, c’est aussi une ambiance. Pour les anglophobes les plus ardus, Heavy Rain signifie « lourde pluie ». Et le titre résume parfaitement le jeu. À l’exception du début de partie, volontairement léger voire joyeux, vous ne verrez plus le soleil. Le temps est maussade, pluvieux, et les éclairages sont peu nombreux. Il en ressort des lieux sombres dignes des polars des années 50. Ajoutez à cela une musique de circonstance, un choix de caméra et d’angles de vues très cinématographiques, et vous obtenez une ambiance à mi-chemin entre Seven et Fight Club. Du grand art. Et puis graphiquement, c’est beau. Très beau. Incroyablement beau. Le travail sur les visages saute aux yeux, tant le terme « photoréaliste » n’a jamais semblé aussi juste, mais les décors et les lieux sont remplis de détails hallucinants.

Un voyage émouvant et bouleversant

Mais surtout, Heavy Rain, c’est un panel d’émotions incroyables. Rarement un jeu n’a réussi à ce point à faire vibrer le joueur jusqu’à ce qu’il en oublie qu’il est devant un jeu vidéo. Peut-être est-ce parce que je suis père que la thématique m’a autant touchée, mais le fait est que les émotions ressenties sont indescriptibles. Ou alors il me faudra trop raconter de l’histoire et je m’y refuse. Oui, j’ai été ému et bouleversé par un jeu vidéo, décelant même quelques larmes dans les yeux de ma femme, assise à coté de moi et incapable de décrocher de l’histoire.

Bien évidemment, ce jeu est complètement atypique. A ce titre, il recueillera des opinions contrastées, voire opposées, et sauf grande surprise ne connaitra pas un immense succès commercial (même si les premiers chiffres de vente sont encourageants). Néanmoins, il ouvre une voie vers de jeux différents. Et ce serait lui manquer de respect que de le limiter à ce seul aspect. Car s’il est annonciateur d’autres titres de ce genre, il est lui-même déjà abouti, solide, et procurera aux joueurs des émotions qu’ils n’ont jamais ressenties dans un jeu vidéo.

Une œuvre d’art, sortant même du cadre « jeu vidéo »

Heavy Rain est-t-il l’avenir du jeu vidéo ? Bien sur que non, ce serait beaucoup trop réducteur. Le jeu vidéo n’est pas une entité unique clairement identifiable. Le jeu vidéo est pluriel, au même titre que le cinéma, la musique ou la littérature. Non, Heavy Rain ne représente pas l’avenir du jeu vidéo. Il représente simplement un chemin différent, un genre différent, semblant enfin posséder un maître étalon. David Cage a réussi à faire oublier le média jeu vidéo pour nous livrer une œuvre interactive. Chapeau monsieur !

Ce test a été réalisé à partir d’une version presse du jeu, envoyée par Playstation France.

10 COMMENTAIRES

  1. Bonjour à tous !

    J’ai terminé Heavy Rain il y a peu de temps (beaucoup de titres en retard vu que, comme bon nombres d’entre vous, ma vie de famille a pris le dessus sur les loisirs vidéoludiques)

    H.R est la dernière claque que je me suis prise. Je ne me considère pas comme un gros gamer mais j’ai un lourd passif depuis Space Invaders sur l’Atari 2600 et autre Amiga.

    Certaines scènes m’ont fait dire : « Put…, c’est génial! Un peu comme le 1er Moderne Warfare et la fameuse séquence de Tchernobyl). Alors certes, les détracteurs pourront dire qu’HR n’est pas un jeu mais côté implication, j’ai pas décroché le pad jusqu’au fin mot de l’histoire ou plutôt mon histoire.
    Un petit mot à Spry qui a récemment déclaré que Modern Warfare 2 n’est pas un bon jeu. Je n’avais jamais vu la chose comme ça mais je trouve que question solo,il a raison. Je ne comprenais plus rien au niveau scénario et malgré quelques scènes de bravoure, j’ai eu l’impression de voir des copier/coller de M.O.H

  2. @Steph : Attention, je ne dis pas que tous les jeux doivent devenir comme Heavy Rain. Bien au contraire même.

    Mais voilà, même si on a tendance à résumer ce jeu à un grand concours de QTE ou de Shenmue 2.0, il est quand même clair qu’il a un style qui lui est propre. Et rien que pour ça, dans cette époque où on évite de prendre des risques en transformant tout en « like » (GTA-like, Street Fighter-like, Gran Turismo-like, etc), on peut dire que ce jeu est une (r)évolution.

    Comme toi, je suis d’accord pour dire qu’il ne faut surtout pas que d’autres jeux se lancent dans cette direction, parce que la magie de ce titre tient du fait qu’il est le seul à proposer ça. Si Rockstar ou Capcom se lance dans le délire, on va en revenir au comparatif typique du jeu vidéo, à savoir si la maniabilité est mieux, les graphismes, etc…

  3. @Spry : Un peu mon n’veu que tu peux donner ton avis. C’est ce qui me manque le plus sur ce site : la timidité des visiteurs qui ne viennent pas donner leur avis.

    Sinon, autant je suis d’accord sur le fait qu’il faut faire attention avec Heavy Rain, qu’il ne faut pas le prendre comme un jeu vidéo « habituel » au risque d’être déçu, autant je ne partage pas ton opinion sur cette idée qu’Heavy Rain est une révolution.

    Je n’ai pas attendu Heavy Rain pour rencontrer des jeux « matures » et intelligents. Dans un autre domaine, Lost Odyssey est un merveille de jeu mature et touchant.

    Et, je l’ai dit dans mon article, dire qu’Heavy Rain est une étape du jeu vidéo, franchement je ne suis pas d’accord. Dieu sait à quel point j’ai adoré (et adore encore) Heavy Rain, mais si demain tous les jeux commencent à lui ressembler et à aller dans ce sens, alors je lâcherais le pad. Le jeu vidéo se doit d’être multiple, de varier les genres et les émotions. Tous les jeux ne doivent pas être des Heavy Rain ou des in Memoriam. On a aussi besoin de mario kart ou de zelda, de pure et de god of war…

  4. Excusez-moi… Excusez-moi… Je peux donner mon avis moi aussi ?

    Non parce que j’aimerai souligner quelques points…

    Selon moi, Heavy Rain est aussi un beau symbole de ce que les joueurs, les fous, les vrais, appellent « la maturité du jeu vidéo ». Un de ces jeux qui démontre que « jouer », ce n’est pas qu’une façon de perdre du temps en s’amusant plus ou moins, mais d’exprimer quelque chose. Car effectivement, Heavy Rain, c’est une histoire et surtout, une question : « Jusqu’où vous irez par amour ? »

    Car si on se lance dans l’aventure sans garder cette interrogation en tête, et qu’on pense à ce qu’est un jeu vidéo (un gameplay, un graphisme, etc), on passe complétement du sujet. C’est comme aller à l’opéra pour savoir si les sièges sont plus confortables qu’au cinéma.

    Enfin, j’en reviendrais à cette polémique lancée il y a quelques mois autour de la scène de l’aéroport de Modern Warfare 2. A l’époque, on se demandait le pourquoi de cette scène, le fait d’être ou non acteur dans cet acte de barbarie.

    Sans dévoiler l’intringue, Heavy Rain pose le problème lui aussi, et à plusieurs reprises. On est clairement acteur ET spectateur de ce jeu (comme dans tous les jeux à la première et à la troisième personne en fait), et certains choix à faire exploite ce sentiment de moralité à merveille.

    Enfin voilà. Toujours selon moi, Heavy Rain est autant une étape du jeu vidéo qu’Avatar en est un pour le cinéma (et je pèse mes mots). Après, qu’on aime ou qu’on aime pas, c’est un autre débat.

  5. Histoire de rajouter de l’eau au moulin de la polémique…

    Oui FM est parfait ! Na !

    Et quand est-ce que vous m’offrez une PS3 à 129€ que je puisse jouer à Heavy Rain ? 😀

  6. T y connais rien !! c’tout 🙂

    Si je suis decu tu me rembourse le jeu ? 😀

    Acheter en france ? il est fou lui 🙂 … à moins que je le trouve pour pas cher en occaz sinon si je dois l’acheter ca sera encore et tjs de l’import :p

    *part se renseigner sur les langues dispo dans les versions import tout en pestant contre Sté*

  7. FM est loin d’être parfait, tu arrives à gagner des titres avec l’OM! 🙂

    Franchement, pour une fois je suis sur de pas me tromper : tu sera pas déçu avec Heavy Rain.

    Allez zou, on sort la carte bleue! En plus j’suis sur que tu a encore une bonne dizaine de vieux jeux à aller revendre d’occasion! 🙂

  8. « Et donc non, Heavy Rain n’est pas un jeu parfait. Mais quelqu’un peut-il me citer un jeu parfait ? « 

    => Faut sortir copain ! FM est parfait c’tout !! Ignorant que tu es :p

    Mais bon sinon je ne lirai plus tes tests nah 🙂 … même si après la démo le jeu me tentait pas plus que ca, tu me donnerai presque envie de l’acheter …. pfff mechant que tu es !!!

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