La fin de la surenchère

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Illustration : GTA IV

Voilà maintenant 3 semaines que la « réorganisation de ma vie numérique » a eu lieu. Plus qu’un simple changement de lieu d’écriture, c’est une mutation bien plus profonde que je tente d’accomplir.

C’est fou comme une passion peut vous dévorer de l’intérieur. Blogueur quasi-anonyme depuis bientôt 7 ans, j’ai la chance d’avoir une solide confiance de certains éditeurs de jeu vidéo. C’est un vrai plaisir égotique, mais c’est aussi un privilège permettant d’obtenir gratuitement un grand nombre de produits. Je ne m’en suis jamais caché (ici ou sur ludomaniaque, j’indique systématiquement en bas de chaque test si le produit m’a été envoyé gracieusement), si mon activité de blogueur ne m’a jamais fait gagner de l’argent, elle m’a permis de faire de très grosses économies et de découvrir des jeux que je n’aurais sans doute jamais acheté. En contrepartie, rentrer dans ce système d’envoi de produits possède ses effets pervers.

Je reçois, donc je suis!

La moindre des choses est d’écrire à propos du produit que l’on reçoit. C’est une règle élémentaire, et c’est le premier accroc dans l’idée première que je me fais d’un blog. Je ne suis pas un journaliste, mais un blogueur parfaitement subjectif qui fonctionne à l’émotion. Devoir m’obliger à écrire, me rapprocher d’un traitement exhaustif de l’actualité des sorties, ce n’est pas mon but premier. Pourtant, par respect pour les éditeurs, parfois il faut se forcer.

Mais pourquoi ne pas se contenter de parler de ce qui nous intéresse ? Parce que très vite, on tombe dans un engrenage infernal. Soyons clairs, recevoir gratuitement une grande partie des jeux qui sortent dans le commerce, et parfois même avant qu’ils ne sortent dans le commerce, c’est un fantasme de joueur. Et même s’il est impossible de jouer à tout, il faut une vraie force morale pour refuser de recevoir un jeu. Oui, j’ai parfois abusé en demandant tout et n’importe quoi, dans une immense orgie numérique. Sauf qu’à demander tout et n’importe quoi, le plaisir réside plus dans la réception du petit colis quotidien que dans la pratique vidéoludique. En gros, on se perds en chemin. Vous me croyez être un cas isolé ? Regardez donc autour de vous tous ces blogs qui font de leur rubrique « arrivage » leur plus grand succès.

Du coup, entraîné dans une frénésie de collectionnite aigue, il est impératif de jouer à tout ce qu’on reçoit, afin de pouvoir écrire un article, afin de faire plaisir à l’éditeur, afin de continuer à recevoir toujours plus. Vous voilà entré dans un cercle vicieux qui vous dévore et vous fait perdre le sens premier de votre passion.

Au lieu de jouer à ce que j’avais envie de jouer, mes sessions vidéoludiques devenaient une « liste de taches » à accomplir dans l’ordre. Ca en fera sourire certains, mais l’industrie du jeu vidéo avait réussi à choisir à ma place à quoi je devais jouer, et en conséquence à orienter ma ligne éditoriale. Voilà des mois que j’ai envie de rejouer à Minecraft, de me replonger dans Fifa et de me refaire cette merveille de Lost Odyssey. Mais impossible, vu qu’il me faut à tout prix tester les nouveautés, pour recevoir les nouveautés suivantes et rester membre de la caste des blogueurs « influents ». Car ne plus suivre le rythme, c’est s’exposer à la désaffection des éditeurs qui veulent à tout prix que l’on parle de leur jeu dans un timing précis, afin d’encourager les lecteurs à acheter leurs jeux au prix forts, dès les premières semaines de la sortie.

Outre cette impression de ne plus maîtriser ce qui est à la base un loisir, je me suis retrouvé en parfaite contradiction avec mes valeurs morales les plus ancrées. Me voilà devenu une ode à la société de consommation intensive, incitant mes lecteurs à des achats toujours plus nombreux, les obligeants presque à me jalouser avec ma collection de jeux impressionnante. La encore, regardez autour de vous, certains blogueurs en ont fait leur fond de commerce.

Renoncer, c’est mourir un peu…

Vous l’avez compris en me lisant, j’essaye actuellement de rompre ce cercle vicieux. C’est douloureux, et ce sera sûrement coûteux vu que je m’apprête à perdre certains de mes privilèges. Mais quelle sensation de liberté incomparable ! Je mettrais un point d’honneur à tester ce que j’ai reçu ces derniers mois, mais je ne demanderais aux éditeurs des versions de test que pour les jeux qui m’intéressent, et en fonction de mon temps à leur consacrer. Pour le reste, me voilà redevenu un joueur comme les autres. Ces derniers temps je joue ainsi à Pikmin 3, acheté avec mes propres sous et j’ai relancé ma partie de Football Manager 2013, acheté avec mes propres sous. Pour la fin du mois d’août, Fifa et Minecraft devraient être de la partie !

Et s’il est possible que les tests de jeux « récents » prendront moins de place sur Ludomaniaque, je reste persuadé que les articles seront plus nombreux, et à mon avis plus intéressants (car plus sincères et plus passionnés) qu’avant. Oui, je continuerais à suivre de très près l’actualité du jeu vidéo et à en parler. Mais avec un filtre bien plus grand qu’auparavant.

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"Papa" de la famille de geeks, tombé dans la potion magique du jeu vidéo et de la culture geek dès mon plus jeune âge, je tente de faire partager cette passion sur le net depuis plus de 15 ans.

2 COMMENTAIRES

  1. Que de bonnes résolutions mon Sté… Pour ta reprise à Fifa, oublie pas que je suis ton homme… Et pour Minecraft, si c’est sur PC, tu devrais contacter Quentin, qui est A FOND dedans en ce moment…
    Biz à tous

  2. C’est là tout l’effet pervers du blog : écrire écrire écrire pour ne pas perdre sa place. Et ne pas accorder de temps à d’autres choses de la vie. J’ai mis un peu d’eau dans mon vin également et il ne me reste plus qu’à mettre en place le maître mot « organisation » dans tout ça !

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