Les jeux vidéo ont-ils une date de péremption ?

Chaque année c’est la même chose. Lorsque sortent les déclinaisons annuelles de Fifa, de PES, de NBA 2k, elles enterrent immédiatement les versions précédentes. Ainsi, les jeux vidéo auraient une date limite de consommation ?

Soyons honnêtes avec nous-mêmes : qui joue encore à Fifa08, à Halo 2, ou à Final Fantasy XI, à l’exception d’une toute petite poignée de fans, d’une petite catégorie de joueurs fétichistes, ou tout simplement de joueurs pauvres ?
Pourtant, ces jeux ont été des références, adulés par la critique, adoubés par les joueurs. Ces titres se sont vendus à des millions d’exemplaires, et font déjà partie de l’histoire du jeu vidéo. Mais à l’inverse de la musique, de la littérature, ou du cinéma, le jeu vidéo enterre très vite ses œuvres majeures. Filez donc au magasin multimédia le plus proche de chez vous, et cherchez à acquérir un livre de Balzac, un disque des Beatles, un film d’Hitchcock et un exemplaire de Civilization, premier du nom. A mon avis, vous ferez un 3 sur 4.

J’entends déjà quelques lecteurs crier derrière leur PC (oui je sais, j’ai l’ouïe très fine) : malheureux, tu oublies le phénomène du moment, le retro-gaming. Non, je ne l’oublie absolument pas, mais ce phénomène ne rentre pas du tout dans mon propos. Je mets de coté, volontairement, toute notion de nostalgie, composante essentielle du retro-gaming. En effet, il est parfois bon de regouter à un jeu qui nous a laissé de merveilleux souvenirs, et le retro-gaming remplit parfaitement cette tache. En revanche, quelle proportion de joueur va découvrir un jeu sorti il y a plus de 5 ans, à part là encore une infime minorité, et les joueurs Mac et Linux… (oh ça va, je blague…) ?

La course technologique effrénée rend le vieux matériel obsolète

Pourquoi le jeu vidéo a-t-il autant de mal à survivre à l’épreuve du temps ? La technique et la course technologique bien sûr. Pas faux. Un jeu vidéo, daté de quelques années, est en effet confronté à deux problèmes majeurs :

  1. Il a pris un coup de vieux. La rétine du joueur moderne est trop bien habituée, et la course technologique rend nos jeux plus beaux d’année en année. Qui a joué à God of War 3 ou à Uncharted 2 trouvera bien fade un ICO ou un Fable, pourtant sublimes en leur temps.
  2. Il est souvent injouable. C’est bien beau le progrès, mais pour jouer à un jeu PS1, il faut encore posséder une PS1 en état de marche. Quant aux jeux PC, entre la disparition des disquettes, les problèmes de compatibilité Windows et les machines surpuissantes d’aujourd’hui qui rendent injouables les jeux d’hier, le tableau n’est pas beaucoup plus reluisant.

Mais est-ce vraiment la seule raison ? Le jeu vidéo n’est-t-il pas tout simplement un loisir jetable ? A peine fini, déjà à la poubelle ? A chaque nouvelle sortie c’est la même chose : tel jeu est révolutionnaire, plus beau, plus immersif, plus tout. Cette fois c’est sur, c’est le jeu qu’il vous faut ! D’ailleurs la rejouabilité est énorme, vous en aurez pour votre argent ! D’ailleurs tout le monde succombe, les chiffres de vente sont énormes, les parties online se multiplient, le jeu est devenu une référence… caduque et dépassée 6 mois plus tard. Le jeu vidéo est à l’art ce que le Boys Band est à la musique : un produit jetable !

Une seule compagnie se démarque dans cette surenchère perpétuelle, et sans surprises, c’est Nintendo. Munis de consoles dépassées techniquement, donc peu armées pour faire face au principe de surenchère graphique, Nintendo a décidé de capitaliser un maximum sur chacun de ses jeux, et de leur accorder une durée de vie bien plus longue que n’importe quel autre produit du marché. Qui d’autre peut ainsi se vanter de continuer à matraquer la télévision de spots concernant des produits sortis depuis plus d’un an ? Pari gagné. Mario Kart, Mario Galaxy et consorts se vendent par palette, des années après leur date de sortie. Impressionnant.

Jeu vidéo, art jetable ?

Le jeu vidéo sera vraiment considéré comme un art, si des jeux comme Tetris, Space Invaders, Beyond Good & Evil ou encore Ico restent jouables dans 10, 15, 20 ans. Si, quelle que soit l’époque, il soit possible de se plonger dans Lost Odyssey comme il est aujourd’hui possible de se plonger dans Orange mécanique. Le jeu vidéo sera considéré comme un art si des œuvres survivent à l’épreuve du temps, deviennent intemporelles, et sont appréciés par des joueurs de génération différente.
On tente souvent de comparer le jeu vidéo au cinéma, à tord à mon avis. Car aujourd’hui, un jeu vidéo doit pour moi être comparé à une émission de télé quelconque. A la limite, les jeux les plus ambitieux et réussis peuvent tenir la comparaison avec une bonne série télé. Mais à rien d’autre. Une fois le jeu consommé, on passe à autre chose, et il est rare qu’on y revienne. Ce n’est pas pour rien si plusieurs jeux, et pas des moindres (Alan Wake, Heavy Rain, Fable…) sont scénarisés tels une série télé, ou adoptent leur modèle économique (paiement à l’épisode).

Il reste du chemin à parcourir avant que le jeu vidéo ne gagne définitivement son statut de 10e art. Mais au fond, est-ce si important ? Les séries télés, considérées comme un art mineur pour réalisateurs privés de cinéma, ont dernièrement fait preuve de qualité d’écriture et d’innovation hors normes, afin de donner un plaisir incroyable au téléspectateur. Si le jeu vidéo continue d’innover, de me faire rêver, de me défouler, de me procurer du plaisir tout en restant considéré comme un art mineur ou une activité pour adolescent attardé, personnellement je signe des deux mains de suite !