Plus Belle La Vie 2

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Si on m’avait dit qu’un jour je testerai un jeu vidéo adapté de la série à succès de France 3, je ne l’aurais pas cru. Si on m’avait dit en plus que je passerai un bon moment, j’aurais franchement rigolé. Et pourtant…

Plus Belle La Vie 2 est bien sûr l’adaptation du fleuron de la série télé made in France, celle qui dépeint les aventures rocambolesques des Marseillais à l’accent parisien du quartier du Mistral, celle qui fait la fierté de tous les supporters du club Ciel et Blanc, celle qui relègue la Bonne Mère en seconde position des symboles régionaux, celle qui transcende le genre du divertissement pour devenir un acte de civilisation : Plus Belle La Vie. Pour les quelques innocents qui ne connaitraient pas ce monument de la culture française, je rappelle qu’il s’agit d’un format court (25 minutes) diffusé quotidiennement sur France 3 depuis août 2004 et qu’il s’agit accessoirement d’un des plus gros succès de la fiction française (plus de 1000 épisodes au compteur).

Le titre a été développé et édité par Mindscape, à qui l’on doit également les adaptations vidéoludiques de Koh Lanta, Intervilles, etc, et surtout le futur fabulistique U-Sing Johnny Hallyday. Le jeu est sorti le 27 novembre 2009 sur DS et a depuis été adapté sur téléphone portable. Ce test a été réalisé sur la version DS.

Dissipons tout malentendu immédiatement, je ne connais le premier jeu PBLV (j’utilise des acronymes si je veux) ni d’Ève ni d’Adam. Alors vous allez devoir vous contenter d’un test à sec, sans analyse de l’évolution entre les deux opus. Et ma maîtrise du matériau d’origine laissant également à désirer, vous allez aussi devoir vous assoir sur la critique de la cohérence de l’intrigue et de la psychologie des personnages dans l’optique freudienne de la naissance du moi dans un contexte de crise financière post-révolution industrielle entre le jeu et la série. Vous voilà prévenus.

Du pastis, le Vélodrome, et ta mère

Plus Belle La Vie 2 est en fait un Phoenix Wright-like, c’est à dire un point & click où l’objectif est de dénouer divers mystères en récoltant des indices pour mettre en évidence les failles dans les témoignages des PNJ et ainsi déterminer la vérité. Ici, l’inspiration sent franchement le copier-coller tant les mécanismes de jeu sont similaires à ceux du jeu de Capcom. On passe au peigne fin les quelques lieux accessibles, on pointe les objets que l’on souhaite examiner, on prend ceux qui peuvent nous servir à dénouer le sac de nœuds, et on discute avec tous les habitants du quartier pour récolter des infos (et surtout déclencher des scripts…). Aucun des poncifs du genre ne nous est épargné. Ils ont même poussé le vice jusqu’à reprendre l’idée du gimmick dit du-type-qui-met-le-doigt-là-où-ça-fait-mal, en remplaçant le «Objection» de l’avocat Japonais par un «Opposition» bien fadasse. Bref, pour l’originalité il faudra repasser.

Techniquement, le jeu de Mindscape accuse également le coup. Déjà, les écrans de chargement qui semblent avoir été conçus pour calculatrice graphique font un peu froid dans le dos (heureusement ils sont plutôt rares). Ensuite, si les décors sont potables, les personnages digitalisés s’en sortent beaucoup moins bien. Que ce soit les visages intégrés sur les PNJ dans les décors ou les portraits illustrant les conversations, c’est moche, détouré et intégré à l’arrache, et parfois même ridicule avec des expressions pompées directement dans les pires romans-photo que la Terre ait jamais portés. le pire c’est que la version pour téléphone portable à l’air bien plus jolie si on en croit les screens du développeur ! Plus grave, la précision du stylet laisse vraiment à désirer et il n’est pas rare de faire défiler la moitié du décor en tentant simplement de pointer un objet ou un PNJ. Enfin, je ne sais pas si c’est pour faciliter le portage sur téléphone portable mais le manque d’investissement technique au service de la mise en scène plombe l’immersion et l’ambiance du jeu : pas de voix digitalisés, le générique en version instrumentale uniquement, aucune cinématique (bien qu’on tente d’appâter le chaland avec une courte vidéo à l’écran titre). Quand on voit ce que ces éléments apportent à une série comme Professeur Layton ! Quoiqu’on pense de la licence et du jeu, ces lacunes témoignent d’un gros manque d’ambition de la part de l’éditeur, et un gros manque de finition de la part des développeurs.

L’addition se corse et vous commencez à vous demandez ce qu’on va bien pouvoir sauver de ce jeu. Ne vous en faites pas, j’y viens.

Le titre précédent n’a rien à voir avec le contenu du paragraphe ci-dessus

Plus Belle La Vie 2 ne peut pas se vanter de révolutionner le genre, certes. Il ne peut pas non plus mettre en avant sa réalisation, certes. Mais les aventures des Mistraliens sont loin d’être désagréables à jouer et finalement la copie m’a au moins autant convaincu que l’original.

Alors que l’univers et l’humour japoniais de Phoenix Wright m’ont laissé de marbre, j’ai été séduit par la bonne dose d’humour involontaire présente dans le jeu de Mindscape. Comme dans un nanar de haute volée, tout concourt ici pour produire une œuvre dépassant les critères habituels. J’ai déjà évoqué la partie technique bien sûr, mais l’aspect narratif n’est pas en reste avec un scénario abracadabrantesque à base de groupe paramilitaire sud américain et de caïds marseillais aussi méchants qu’idiots. Les personnages donnent également dans la caricature et les dialogues pathético-grandiloquents fleurissent à chaque coin de rue. Suffisant pour me donner envie d’aller plus loin dans l’histoire pour découvrir les merveilles de subtilité imaginées par des scénaristes visiblement en freestyle. Certains diront que le mérite n’en reviens pas au jeu, que la série joue déjà dans ce registre, et ils auront peut-être raison, reste que pour un amateur de cinéma bis ces défauts sont indéniablement des qualités.

De plus, si PBLV 2 fait preuve d’autant de finesse qu’un coup de parpaing à travers la gueule, il reste cohérent et agréable à suivre. Le jeu est découpé en chapitres, chacun correspondant grosso modo à une enquête différente, avec leur lot de rebondissements permettant de relier les petites histoires de quartier aux grosses affaires de terrorisme international. Les inconditionnels de la série seront ravis d’apprendre qu’on incarne successivement plusieurs personnages au cours de l’aventure, de Ninon la journaliste en herbe/super détective, à Samia la fliquette, en passant par Nathan le jeune rebelle mais pas trop. Vous guiderez ces VIP phocéens dans une dizaine de lieux, dont le fameux bar Le Mistral. Ça manque un peu de variété mais ça ce justifie scénaristiquement, donc on fait avec de bonne grâce. Tout ça donne une durée de vie d’environ 6h, ce qui m’a paru raisonnable pour un jeu de ce type dont les mécanismes peuvent ennuyer sur la longueur.

Le titre de Mindscape n’est pas difficile et c’est tant mieux. Je m’explique. Souvent la difficulté dans ce genre de jeu réside dans une complexité artificielle : objets dissimulés dans le décor obligeant à partir à la chasse au pixel, utilisation abusive des scripts bloquant la progression, et le plus frustrant l’absurdité de certaines oppositions. Ici je n’ai pas rencontré ce genre de problèmes, la logique est respectée et l’honneur est sauf. Cela permet surtout de ne pas rester bloqué trop longtemps, ce qui risquerait d’être fatal pour un jeu avec pas mal de défauts par ailleurs.

Titre en grève

Pour résumer, le jeu plaira sûrement aux fans de la série qui seront ravis de retrouver leur série favorite en version jouable, mais c’est quand même dommage, avec un peu plus de travail et d’ambition ce Plus Belle La Vie 2 aurait (presque) pu être un bon jeu.

@Steph : tu l’as voulu, tu l’as eu !

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