Test : Battlefield 3 (PC)

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Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé en allant manger un fast-food, genre un Quick , de vous sentir sale en sortant. Comme si votre cerveau vous faisait comprendre en branchant les sentiments sur la prise « regret » que vous venez de payer pour vous boucher une demi-artère. C’est exactement ce que j’ai ressenti en jouant à Battlefield 3. Ah, pourtant ils nous ont fait baver Dice, en nous gavant de screenshots tous plus photo-réalistes les uns que les autres, en nous montrant des séquences de jeux à priori à couper le souffle et surtout en claironnant haut et fort que le jeu allait écraser la concurrence, Call of Duty : Modern Warfare 3 en premier lieu. Et bien croyez-moi, on a bien été pris pour des jambons dans l’histoire, et je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

 

NB : ce test ne s’intéresse qu’à la partie solo de Battlefield 3 sur PC. Le mode mutli-joueur d’un FPS moderne n’est à mon sens pas un gage de qualité dans la mesure où il se base de nos jours sur un farming digne d’un MMO maintenant les joueurs dans un état d’addiction leur faisant oublier qu’ils se contentent de répéter inlassablement les mêmes phases de jeu. De plus, une grande partie du plaisir pris tient aux joueurs adverses, ce qui n’est pas une plus-value apportée par le développeur. Et puis de toute façon si je veux jouer à un bon FPS multi-joueur, je ressors Quake 3 ! (troll inside)

 



 

Battlefield : une licence en perte d’identité

 

Avant de commencer le test, faisons un peu d’histoire. Battlefield 3 fait suite à une série de titre dont le premier, Battlefield 1942 sorti en 2002, a marqué à vie le cœur de joueurs dont je fais partie en proposant un mode multi-joueurs à grande échelle innovant et incroyablement fun avec des amis en réseau local. Maintenant, il faut aussi se rendre à l’évidence, Battlefield 1942 était un mauvais FPS, les déplacements étaient terriblement mous, les armes sans aucun feeling, bref, il faisait honte à tous les jeux sortis avant lui sur la seconde guerre mondiale, notamment le premier Call of Duty. Ce premier jeu était aussi quasi-intégralement focalisé sur le multi-joueurs, mais au fur et à mesure de son existence, la licence s’est adaptée, a amélioré le coté FPS de son titre et s’est mise à proposer un contenu solo de plus en plus étoffé et a fait définitivement rentrer la série dans les canons du FPS moderne avec le décevant Bad Company 2. Arrive aujourd’hui Battlefield 3, développé par Dice, dont l’ambition affichée est tout simplement de détrôner les Call of Duty de leur position dominante sur le FPS grand public.

Par conséquent, autant mettre les choses au clair tout de suite, en installant le jeu je savais à quoi m’attendre. Les FPS récents tendent de plus en plus à se rapprocher d’une expérience linéaire quasi-cinématographique, en usant et surtout abusant de scripts déclenchant des évènements souvent impressionnants dont le joueur n’est que spectateur. Il faut cependant reconnaitre que ce procédé n’a pas que des mauvais côtés notamment quand les scripts s’intègrent bien aux phases de gameplay (les premiers Call of Duty en sont l’exemple parfait). Mais en tout cas, il n’y avait pas de raisons pour que Battlefield 3 déroge à la règle.

 

 

Un jeu qui frise le foutage de gueule…

 

Le début du jeu suit donc les standards du FPS moderne mais les pousse cette fois à leur paroxysme : le scénario est archi-basique (on retrace les évènements ayant précédé un interrogatoire musclé du personnage principal, à la manière de Call of Duty : Black Ops) et les scripts abondent pour gonfler une mise en scène linéaire, lourde et prévisible. L’expérience est d’autant plus douloureuse lorsque l’on sort d’un jeu comme Bastion. Dans ce titre, tout est fait pour minimiser les phases de passivité du joueur et chaque instant est mis à profit pour introduire un élément d’interactivité. Dans Battlefield 3, c’est exactement la démarche inverse qui est suivie : tout est fait pour que le joueur soit le plus passif possible et se contente d’observer béatement la soupe visuelle qu’on lui sert. Pour bien illustrer mes propos je vais prendre comme exemple une des scènes phares présentées à la presse avant la sortie du titre et qui est tristement représentative du reste. Cette phase de jeu nous place dans la peau d’un pilote de chasse lors d’une sortie aérienne et commence à bord d’un porte-avion. Première surprise dès le départ, on ne peut pas du tout interagir avec son personnage : il marche tout seul et regarde où il veut pendant qu’il taille le bout de gras avec son co-pilote. C’est après quelques minutes à le regarder vivre sa vie (c’est long, croyez-moi) que notre avatar met enfin le nez dehors et finit par rentrer dans un F-18 rutilant. Et à ce moment là, on se dit que ça y est, on va jouer et ça va envoyer du steak.

Bon bah en fait non, la première chose que je dois faire, c’est fermer le cockpit en appuyant sur une touche du clavier. Génial. C’est pas exactement ce à quoi je m’attendais pour la toute première interaction du niveau, mais soit. Juste après, on me demande de vérifier le fonctionnement des ailerons. Pour ça, je dois déplacer ma souris vers la gauche, puis vers la droite. Je sais pas comment vous le ressentez, mais dans une phase de jeu qui n’est pas censée être un tutoriel, j’ai eu furieusement l’impression qu’on se foutait de ma gueule. Enfin cela dit j’étais content, je pouvais enfin diriger mon personnage, il avait toujours les fesses vissées dans le cockpit, mais c’était toujours ça de pris. Par contre, je ne suis pas resté joyeux très longtemps car sans que je fasse réellement attention, l’avion a fini par décoller. Tout seul. Sans que je n’aie rien eu à faire. Et il se pilotait aussi. Tout seul. Alors oui, après avoir volé sans rien faire d’autre qu’admirer le paysage (des nuages et de l’eau, super) pendant 5 min, j’ai quand même eu à tirer sur des ennemis (sans même avoir à viser) et à balancer des contre-mesures quand un missile me reniflait le train. Mais au final, je n’ai eu à toucher à mes contrôleurs qu’une trentaine de fois sur presque vingt minutes dans ce qui ne ressemblait qu’à une séquence de QTE d’une faiblesse inouïe. Je vous laisse imaginer le niveau de frustration que j’ai atteint, surtout en repensant à ce que Dice montrait avec fierté dans tous les salons du monde cette année.

 

 

Alors que je me laissais piloter dans cet espèce d’hybride F-18/Taxi/Grand 8 je me suis senti profondément frustré et vexé en même temps. Pas forcément parce que les développeurs nous ont fait miroiter un vrai gameplay pour finalement voir le soufflé retomber. Mais parce que j’ai eu l’impression d’avoir été pris pour un mec trop stupide pour faire voler mon avion moi-même. Comme si en le pilotant, j’allais rater les beaux scripts que Dice avait mis en place avec son moteur 3D tout neuf. Comme si la première chose que j’allais avoir envie de faire en décollant, c’était de m’encastrer dans le porte-avion comme un kamikaze pour voir « comment ça fait » et que ça allait déranger. Comme si j’allais gâcher le spectacle. Eh bien oui monsieur Dice, c’est exactement de ça dont j’ai envie ! J’ai payé cinquante euros pour jouer, pas pour vous laisser me balancer dans le visage des pelletés d’explosions que j’ai vaguement provoquées pendant cinq heures tout en croyant que ça suffise pour que je me gargarise de plaisir. Là j’ai eu l’impression d’être devant un coffre à jouets avec systématiquement le même gros lourd derrière mon épaule qui me chuchote sans arrêt quel jouet sortir, quoi faire avec et qui en plus ne se gêne pas pour finalement tout faire à ma place.

 

 

…qu’une technique de haute volée ne sauve pas

 

Ce qui est réellement dommage c’est que sorti de ces phases sans intérêt (qui composent une petite moitié du jeu tout de même), les phases de shoot sont honnêtes. Elles sont sans imagination, mais souvent bien rythmées grâce à une progression fluide, un level-design qui, à ma grande surprise, est parfois relativement ouvert et un feeling des armes qui oscille entre le correct et le très bon. Quant à la réalisation technique, si elle reste inégale (textures parfois baveuses) il est indéniable que le rendu général est très réussi, surtout sur un PC puissant (la machine de test est un PC type « gamer » de moins d’un an). Mention spéciale aux effets de lumières, tout bonnement bluffants et aux effets sonores, dont le rendu est un des plus immersifs jamais entendu.

Mais au final, malgré ses qualités techniques, Battlefield 3 reste un mauvais jeu. Comprenons-nous bien, je ne critique pas le travail des développeurs, qui est indubitablement énorme, notamment sur la partie graphique. Mais je critique leur démarche qui consiste à écarter au maximum le joueur au profit d’une branlette esthétique à laquelle il ne participe pas vraiment. Le titre semble véritablement avoir été conçu pour vendre un moteur 3D. Le pas en arrière est immense, alors que des jeux comme Rage, et à la limite Bulletstorm, nous laissait entrevoir un retour salutaire aux véritables valeurs vidéoludiques du FPS. Par conséquent, j’espère de tout cœur que Battlefield 3 ne soit qu’un simple benchmark vaguement interactif. Car si Dice a imaginé combler ses joueurs avec un jeu pareil à tel point que cela a constitué pour eux une raison suffisante pour faire les gros bras devant la presse, je m’inquiète un peu pour l’avenir de notre média favori.

1 COMMENTAIRE

  1. Comment c’est possible ? Pourquoi m’ont-ils trahi ? Comment ai-je pu croire à cette magnifique scène en tanks présentées à l’E3 ?? MONDE DE MERDE§§§

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