Test PC : Spec Ops : The Line

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Qui se rappelle de Spec Ops franchement ? Les premiers jeux de cette séries sont sortis dans une relative discrétion à la fin des années 1990. Pourtant c’était vraiment pas si mal, un joli combo entre infiltration et action où l’organisation et la rapidité d’exécution primait, le tout caractérisé par une difficulté franchement corsée et une réalisation honnête. Maintenant, c’est clairement pas un jeu qui a marqué l’histoire au point d’en justifier une suite prêt de dix ans plus tard.

Du coup, vu le coté pas forcément inoubliable de la série l’arrivée du nouvel épisode, développé par Yager(bomb) Development, n’a pas forcément fait se soulever les foules. D’ailleurs au final, cette histoire de licence passe totalement au second plan vu que le nouvel épisode s’en détache totalement. Exit l’infiltration et la tactique, ici on se retrouve dans un TPS sévèrement burné tout ce qu’il y a de plus classique avec système de couvert et tout le tintouin. Niveau gameplay, le jeu ne se démarque finalement que par une difficulté un poil relevée (mais pensez à mettre le taquet à fond, sinon vous allez vous ennuyer) et des flingues qui ont plus de patates que la concurrence, donc autant dire que c’est un peu maigre. D’ailleurs autant être honnête tout de suite, si le jeu s’arrêtait à ça, il ne mériterait clairement pas qu’on y mette un seul centime et il me donnerait envie de coller une paire de baffe aux développeurs de la même façon que j’ai envie d’encastrer des choses pas forcément très belles dans le rectum des développeurs des Call of Duty.

Et franchement autant dire qu’au départ, le doute est permis. Le jeu commence par une grosse séquence de rail-shooting à bord d’un hélico. Alors oui c’est furieux, oui c’est (assez) joli, mais bon, du rail-shooting quoi, House of the Dead ça a quand même quinze ans…

Mais c’était jusqu’à ce que j’arrive à la première cinématique du jeu, nous projetant quelques jours en arrière, où le personnage explique le démarrage de l’intrigue, sur du Mogwaï. Du MOGWAÏ putain ! Alors là, franchement, j’étais tellement sur le cul que je refusais d’y croire. Pour ceux qui connaissent pas (qu’ils filent ici instantanément pour corriger ça), Mogwaï c’est un groupe écossais spécialisé dans ce qu’on appelle à Télérama du post-rock, à savoir de la musique rock souvent très instrumentale, alternant le planant et l’agressivité avec beaucoup de grâce dans des morceaux parfois très longs. Mais surtout, Mogwaï c’est vachement bien, c’est pas forcément super connu, et ça montre la volonté des développeurs d’insuffler à leur jeu une atmosphère super dense.

Et pour le coup, on peut dire qu’ils ont réussi leur pari a 100%, car si la bande son est magistrale (y’a du Hendrix et du Deep Purple aussi, et j’en passe…) et contribue vraiment à rendre l’expérience très immersive, que dire du point de vue adopté par le joueur. Pour faire simple, Dubaï est prise dans la tempête de sable du millénaire. En d’autre terme, la ville est coupée du monde. Un gradé de l’armée américaine s’y est rendu quelques mois avant vous pour tenter de sauver les civils. Un message radio est capté plus tard informant de l’échec de la mission, à la suite de quoi vous débarquez dans la ville. La suite est une lente descente aux enfers qui n’est pas sans rappeler le film Apocalypse Now. Tout commence sagement, on tire sur des gens qu’on imagine méchant et au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans les entrailles de la ville on découvre toute la sauvagerie qui y a pris place pendant son isolement : exécutions sommaires, maintien de l’ordre appliqué à coup de pied dans les roustons, rationnement de l’eau et j’en passe. L’intrigue s’épaissie, les méchants qui paraissaient méchants au début ne le sont plus tant que ça, mais le sont quand même un peu dans la mesure où ils pensent pour leur pomme. Bref, c’est réaliste, et niveau immersion, on a pas fait mieux depuis un moment dans le genre du TPS. Pour être honnête, je pense qu’il faut remonter aux premiers Mass Effect pour retrouver une telle cohérence dans le background, toute proportion gardée.

 

Le tout est en plus servi par la « subjectivité » propre à ce type de jeu. On est systématiquement restreint au point de vue du personnage et on se retrouve à devoir prendre des décisions avec le peu d’éléments qu’on a à disposition. Donc souvent on prend des décisions de merde, à l’instinct, qui ont des conséquences dramatiques pour la ville et ses habitants.

Et autant dire que d’une part, ça enrichi encore le sentiment d’immersion, et d’autre part, on se sent vraiment concerné par ses choix, on ne peut pas s’empêcher de se demander pendant quinze minutes ce qui se serait passé si on avait pris une autre décision. Et comme dans la vraie vie, on fini par accepter tout ça et par avancer. Sauf qu’au bout d’un moment, tout ça s’accumule, on atteint ses limites et ça finit par rejaillir, ce qui nous offre quelques-uns des plus beaux morceaux de bravoure du jeu notamment lors des hallucinations qui prennent le personnage à mesure que l’histoire avance, l’ensemble atteignant son paroxysme lors de la (magistrale) fin du jeu.

 

Au final, Spec Ops : The Line est un jeu vraiment intelligent, avec une ambiance épaisse, une OST de taré et une trame scénaristique et un background prenant et réaliste à défaut d’être riche. Mais malheureusement, c’est aussi un titre très court (compter 6-7h pour le finir), au gameplay limité et qui par la même peine à justifier son prix (50 boules quand même). Du coup je ne peux que vous recommander d’attendre une réduction sur Steam ou une bonne occasion pour vous le procurer. Mais dans ce cas, n’hésitez pas, c’est pas souvent qu’on sort d’une séance de shoot avec autre chose que de la marmelade entre les oreilles par les temps qui courent, et franchement ça fait du bien et ça mérite mille fois qu’on l’encourage.

 

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