De Pacy sur Eure à Arsenal

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« Les flashs crépitent. Je m’assois fébrilement et contemple l’assistance. La salle est comble et les spots m’éblouissent, mais je suis si heureux que même ces petits détails ne me dérangent pas. Je mesure la chance qui est la mienne.

Me retrouver ici, dans la salle de conférence de presse de l’Emirates Stadium aux côtés de Peter Hill-Wood et Arsène Wenger, est un moment dont j’ai toujours rêvé mais que je n’aurai jamais imaginé vivre. Pourtant nous y sommes ! Petit flashback sur un parcours extraordinaire!

Une carrière pleine de voyages

Tout a commencé en juin 2009, alors que j’entrainais un modeste club de district en Haute-Normandie. Certes, nous avions réussi 3 montées de suite pour arriver des fins fonds de la 4e division à la 1ère, mais nous restions très amateurs. C’est après notre promotion vers la 1ère division de district que les contacts ont commencés.

Le président du club de Pacy sur Eure est alors venu me voir pour prendre la place de Laurent Haton, coach historique du club, qui a permis à celui-ci de franchir les paliers vers le professionnalisme. Malheureusement, entre les joueurs et l’entraîneur le discours ne passait plus. Souhaitant privilégier un entraîneur local plutôt qu’un mercenaire susceptible de partir à tout moment de la saison, Emmanuel Villette m’a demandé de prendre les rennes de l’équipe.

Après une courte réflexion durant laquelle j’ai pu visiter les infrastructures et avoir une présentation du projet sportif, j’ai accepté de prendre l’équipe en main. Une première saison qui s’annonçait difficile, puisque nous avions besoin d’asseoir notre présence en National afin de bâtir le futur sur des fondations solides et saines nous permettant par la suite de viser les échelons supérieurs. Le contact avec les joueurs s’est bien passé dès les premiers instants, changeant complètement leurs habitudes tactiques, je me suis adapté à eux pour construire ma formation. Contrairement à ce que beaucoup d’entraineurs font, j’ai cherché à créer une osmose sur le terrain pour profiter au maximum du potentiel de chacun des joueurs. Entouré d’une belle équipe de préparateurs et profitant de bonnes affaires sur le marché des transferts notre progression a été fulgurante ! Mettant de côté les coupes nous sommes montés jusqu’en Ligue 1 en 2 saisons ! Parcours exceptionnel qui n’a malheureusement pas laissé le temps au club de se structurer convenablement…

Profitant de différentes opportunités j’ai ensuite pu voyager vers les États-Unis, l’Italie et même l’Espagne où, aux commandes du club de Bilbao, j’ai réussi à rejoindre la Champion’s League pour m’arrêter en demi-finale face à Manchester. Un parcours qui m’aura fait remarquer, puisque bénéficiant de bonnes relations avec Arsène Wenger que j’ai eu l’opportunité de rencontrer lors d’un stage à Clairefontaine au début de mon parcours, ce dernier m’a désigné pour prendre sa succession à sa retraite. Et me voilà aujourd’hui le pied à l’étrier dans le club de mes rêves.

Arsenal : le rêve d’une vie

Demain ma prise de commande sera réellement effective et dans mon bureau de Shenley je pourrais rencontrer mes joueurs un à un, leur expliquant ma vision du jeu, le rôle qu’ils devraient avoir dans l’effectif et les objectifs de la saison. Dans un des plus grand club du monde, évidemment la coupe aux grandes oreilles est un trophée à ajouter au palmarès. Mais cette fois-ci j’ai les moyens et la structure pour aller au bout du rêve… »

C’est là que s’arrête mon rêve. Finalement ce matin ce n’est pas à Shenley que je me rendrai mais sur le terrain annexe de Pacy Menilles pour cette séance d’entraînement hivernale.

Retour à la réalité

L’effectif est concentré et nous occupons une prometteuse 5e place. Le prochain match nous fera jouer un derby Haut-Normand puisque nous accueillerons le FC Rouen. Au programme de la journée un entraînement axé sur le physique, les derbys étant des matchs très virils il est important d’inculquer aux joueurs cette notion de combattivité et de fierté pour le maillot.

Retour dans les vestiaires, les crampons claquent, les brosses et les chaines résonnent, certains joueurs étant encore en train de les brosser la boue étant omniprésente sur nos terrains. Mais c’est ainsi, nous bénéficions d’un statut professionnel mais nous sommes loin du standing des très grands clubs européens, et même tout simplement français. Ici chacun met la main à la pâte, et c’est ainsi que les joueurs progresseront. Pleins d’humilité, ils savent s’arracher sur le terrain et tout donner, et c’est ce que je leur dis avant qu’ils n’entrent dans la douche.

Le match de dimanche sera un véritable combat, chacun d’eux sera le héros du match à sa façon. Pas d’erreurs pour les défenseurs, qui sont les premiers attaquants avec leur relance, le milieu de terrain ne doit pas perdre le ballon afin de ne pas nous exposer, mais lancer les attaquants sur les ailes, qui doivent déborder pour un centre. Telle est notre stratégie de base. Ici en National pas de place pour les tactiques exotiques. Le 4-4-2, ce schéma de travailleur est omniprésent. C’est une tactique qui nous permet de ne pas prendre de risque, tout en permettant de créer un surnombre intéressant avec les milieux. Le niveau technique des joueurs est loin d’être le plus parfait, de nombreuses passes sont perdues, mais c’est leur volonté qui fait la différence.

Une fois ma causerie terminée, les joueurs partis à la douche, je reste un peu seul dans les vestiaires. Ces mottes d’herbe qui trainent, cette odeur si particulière d’humidité, de nature, de cuir, c’est pour cela que j’aime le foot. J’affiche maintenant la compo des joueurs face au FC Rouen, titulaires, remplaçants, mais aussi les joueurs qui iront s’aguerrir en CFA 2. En revenant de la douche ils prennent connaissance de leur statut, je sais que tous voulaient jouer ce match, mais ils ne seront que 16 à faire le déplacement, ne seront que 11 à commencer le match, et potentiellement 3 de plus à entrer en cours de match si je le juge nécessaire. Les joueurs savent qu’ils peuvent venir me voir pour discuter, mais vis à vis de la composition j’ai été très clair en arrivant : je suis le seul souverain. A eux de se plier à la décision. Je juge en mon âme et conscience et c’est sur mes résultats que je serai jugé, pour peut-être atteindre mon rêve…

 

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