Quand le jeu vidéo met mal à l’aise

Call of Duty Modern Warfare 2 a été un énorme succès de la fin d’année 2009. Ce FPS ultra-réaliste a tout de même fait l’objet d’une minuscule polémique, et m’a laissé un arrière gout très amer. Attention, spoiler.

2016, dans un ascenseur menant au hall principal de l’aéroport international de Moscou. Armé jusqu’aux dents, j’accompagne Vladimir Makarov et 3 de ses hommes. Makarov est le chef des rebelles russes ultra-nationalistes, mouvement terroriste meurtrier. En tant que soldat de la Task Force, ma mission est d’infiltrer ce mouvement. Mais ce qui va se passer dépasse l’entendement.

La porte de l’ascenseur s’ouvre, et mes 4 « compagnons » terroristes s’avancent lentement. Sans un mot, les hommes empoignent leurs fusils d’assaut et ouvrent le feu, massacrant l’intégralité des civils présents dans le hall.

Les cris sont insoutenables, les corps s’amoncellent, baignant dans des mares de sang. A ma gauche, un homme gravement blessé rampe tant bien que mal sur le sol. Sans un mot et avec un calme hallucinant, les terroristes continuent d’avancer lentement, prenant soin d’exécuter tout ce qui passe à portée de fusil. Et moi dans tout ca ?

Et bien moi, je suis à ce moment complètement sorti du jeu. Ahuri, abasourdi, choqué. Jamais une scène de jeu vidéo n’avait à ce point installé en moi un immense sentiment de malaise. Pourtant, j’en ai traversé des jeux violents. Avec plaisir même. J’ai tronçonné plus d’un locuste dans Gears of War, explosé la tête de bien des morts-vivants dans Resident Evil, décapité à tour de bras dans Conan ou dézingué du flic et du truand plus qu’il n’en faut dans la série des GTA. Et pourtant, là c’est trop. Et ce sera un calvaire que de finir ce niveau afin d’avancer dans le jeu. D’ailleurs le cœur n’y est plus, et à ce jour, je n’ai toujours pas terminé Modern Warfare 2.

J’ai encore du mal à comprendre et à définir exactement mon ressenti, à mettre des mots sur des sentiments et des sensations. Mais je me tente à quelques brides d’explications.

L’absence de choix

La première chose ennuyeuse dans cette scène, c’est l’absence de choix. Mon premier réflexe a été de tenter de tuer les terroristes, au diable ma mission initiale, pour faire cesser ce massacre. Mais c’est impossible. Vous pouvez vider un chargeur entier, ces terroristes sont invincibles et se retournent contre vous pour vous achever très vite. Et hop, on recommence le niveau de zéro.

Vous êtes donc obligés d’assister à ce massacre. Et tant qu’à faire, ce serait même drôlement mieux si vous y participiez. Je me trompe peut être, mais c’est la première fois que dans un jeu vidéo on m’oblige à tuer des innocents par centaine.

La dérive cinématographique

Bien sur, un des premiers arguments qui nous vient en retour lorsque l’on se dit choqué par cette forme de violence dans un jeu vidéo, c’est que ca existe depuis toujours au cinéma. Certes. Je suis d’ailleurs un grand fan de certains films « limites », de Tarantino par exemple. Je réfute cet argument. Le cinéma ne rend pas le spectateur acteur, au contraire du jeu vidéo. S’il existe, le phénomène d’identification est beaucoup plus faible dans un film. Alors que c’est l’essence même d’un jeu vidéo. Un film nous montre la violence, réelle ou imaginaire, du monde qu’il décrit. Un jeu vidéo nous y plonge, nous la fait vivre. Nous devenons acteur violent. Et pour couronner le tout et revenir à cette scène de l’aéroport, nous devenons ici acteur violent non-consentant.

Le second argument est le message que peut apporter une telle scène. Les grands films ne prennent-ils pas une dimension supplémentaire lorsqu’une scène à la limite du supportable vient souligner la violence de l’espèce humaine, dans telle ou telle situation. Sauf que le cinéma a cette vocation depuis la nuit des temps. Le cinéma divertir ET fait passer des messages. Ce n’est pas le cas du jeu vidéo, pas encore en tout cas. Et si ce changement doit intervenir, le joueur doit s’y attendre, et ne doit pas « subir ».

D’autres raisons peuvent aussi éventuellement expliquer mon malaise. La ressemblance avec des conflits militaires proches et réels, l’ambiance générale du jeu et des missions préalables ressemblant tout de même fortement à une apologie de la guerre… Ce qui est sur, c’est que je joue pour me détendre et prendre du plaisir, pas pour être choqué, horrifié, mal à l’aise. Pari raté pour Modern Warfare 2.

Et vous, avez-vous été choqué par cette scène, ou par une autre scène d’un jeu vidéo ? Pensez-vous que le jeu vidéo peut tout se permettre, sous le simple prétexte de vouloir devenir un média « adulte » ?

Pour info, voici une vidéo de la « fameuse » scène de l’aéroport.