WoW, comme un antidépresseur

Notre famille de Geeks, plus unie que jamais, vit actuellement des heures difficiles. Et pour lutter contre la déprime, j’ai recours à un traitement plutôt étonnant : World of Warcraft !

Plus je prends de l’âge, et plus je m’interroge sur les mécanismes de ma pratique du jeu vidéo. Pourquoi est-ce que je joue ? Qu’est-ce qui me donne du plaisir ? Comment est-ce que je peux passer d’une overdose de jeu de stratégie à une envie soudaine de jeu d’action ? Quelles caractéristiques précises me donnent envie de continuer ou de passer à autre chose ? D’où vient cette alternance étonnante entre « boulimie vidéoludique » et périodes d’abstinences ?

Les dernières semaines me donnent un beau sujet pratique. Alors que je n’y avais pas touché depuis des mois, me revoilà de nouveau joueur de World of Warcraft, et de manière intensive et quasi-exclusive. Dans le même temps, notre famille se doit de faire face à la terrible maladie d’un être très proche, nous affectant de manière indescriptible. Une coïncidence ? Je ne suis plus assez naïf pour croire aux coïncidences.

Cette si douce paresse…

De retour dans WoW, j’ai d’abord eu la magnifique sensation de retrouver un vieil ami. Galduth, vaillant paladin sacré, a accompagné presque 8 ans de ma vie de joueur. Ensemble nous avons relevé d’innombrables défis et essuyés bons nombres de défaites. Mais il s’est toujours relevé pour repartir au combat.

De retour dans WoW, j’ai quasi-immédiatement ressenti du confort. Malgré les nouveautés apparues depuis mon absence, je me suis retrouvé en terrain connu, renouant très vite avec de vieilles habitudes de jeu. Bien loin de l’incertitude ressentie face à un nouveau jeu vidéo, au gameplay pouvant être déroutant et même déplaisant.

De retour dans WoW, j’ai retrouvé cette agréable course à la carotte et la satisfaction du loot mérité. Chaque fois que je réussis ma quête, achevant ce qu’on m’avait demandé, j’obtiens une récompense. Systématiquement, je suis récompensé de mes actes.

De retour dans WoW, je peux m’abandonner sereinement à une paresse intellectuelle si apaisante. Avec le principe des quêtes journalières, le jeu me demande de répéter chaque jour exactement les mêmes taches que le jour précédent. Cette répétition, au lieu de m’irriter, me rassure et me donne même l’impression de m’améliorer (mon équipement progressant régulièrement, les mêmes quêtes deviennent à la longue bien plus facile à réaliser qu’au début).

De retour dans WoW, je n’ai pas à réfléchir. Je me contente de réaliser ce qu’on me demande, sans jamais penser une seule seconde aux conséquences de mes actes.

Bientôt, le jeu vidéo remboursé par la sécu ?

En ce moment, ma vie réelle me procure de la tristesse, du doute, de la souffrance, de la peur, du désarroi. J’ai retrouvé dans World of Warcraft des petits bonheurs simples, du confort, de la considération et la douce sensation de se laisser porter sans se poser la moindre question.

Je suis parfaitement conscient de fuir et de me réfugier dans une zone de confort immatérielle. Mais n’est-ce pas plus salutaire que de combattre ses angoisses en trompant son cerveau par l’absorption de substances chimiques visant à tromper ses neuro-transmetteurs ?

PS : Après avoir écrit cet article, je suis tombé sur le compte-rendu d’un tchat de 2007 avec le psychanalyste Michael Stora, intitulé « Le jeu vidéo, un antidépresseur efficace ? ». Comme quoi…