Jouer plus pour travailler plus

A défaut de les imaginer changer le monde, certains pensent que les jeux vidéo peuvent changer notre façon de travailler. Pour le meilleur et pour le pire…

Nous nous sommes fait l’écho il y a quelques temps des idées de Jane McGonigal, une game designer qui pense que les jeux vidéo, et plus particulièrement les jeux en ligne massivement multijoueurs, peuvent être une réponse aux problèmes de l’humanité. En bref, elle explique que les joueurs pourraient trouver des solutions innovantes grâce à leur capacité à travailler en équipe, leur nombre et l’approche ludique de la tâche. Cette théorie intéressante et, avouons-le, plutôt flatteuse pour les joueurs, laisse quand même de la place à des inquiétudes légitimes quant aux dérives de tels systèmes et il n’aura pas fallu creuser bien profond pour tomber sur une conduite de gaz prête à nous sauter au visage.

Byron Reeves, professeur de communication à l’Université de Stanford, est un des co-auteurs de Total Engagement: Using Games and Virtual Worlds to Change the Way People Work and Businesses Compete. Il a récemment été mis à l’honneur par le Washington Post où il a expliqué que les MMO pouvaient aider à développer des compétences utiles dans le monde du travail, comme le leadership ou la capacité à travailler en équipe. Ces idées sont pleines de bons sens, je conseille d’ailleurs aux anglophiles la lecture de ce commentaire de l’article de Kotaku traitant du sujet, mais c’est plutôt leur application qui a de quoi laisser dubitatif. En effet, Byron explique que cela pourrait être utilisé afin d’améliorer la qualification et la productivité des employés. Il suggère par exemple de remplacer nos bureaux traditionnels par des univers virtuels plus stimulants en s’inspirant des jeux en ligne. Ainsi, au lieu de se rendre sur son lieu de travail, le brave employé se connecterait sur un serveur « bureau » où il dirigerait un avatar et réaliserait des quêtes (i.e. ses tâches professionnelles) avec booba69 et dark_bisounours_666, respectivement Martine et Didier du service compta, dans un environnement épique et scénarisé. De prime abord, l’idée n’a pas l’air bien dangereuse, quoique un peu farfelue, mais elle soulève quelques questions. On peut par exemple se demander si l’adaptation du système de récompenses, un des mécanismes utilisés pour impliquer les joueurs, ne conduirait pas à une pression mentale et financière sur le travailleur-joueur. De plus, abolir la frontière entre réel et virtuel risque de brouiller les repères moraux des salariés en faisant oublier que le « jeu » à ici des conséquences réelles. En poussant le pessimisme à l’extrême on peut imaginer aussi que l’aspect ludique d’un emploi devienne un argument de recrutement, au détriment d’autres facteurs comme le salaire par exemple, voire même que l’investissement de « vrais » joueurs (à opposer aux travailleurs-joueurs) soient exploités à leur insu par des sociétés commerciales.

Bien sûr ici j’ai volontairement choisi de voir le verre à moitié vide pour lancer le débat, alors qu’en pensez-vous? La rencontre du jeu et du monde du travail vous inquiète-elle? Ou au contraire attendez-vous avec impatience l’avènement de cette ère nouvelle?